Renforcement des capacités : la série de webinaires de cet été

Au cours de l’été, Carbon Market Watch, en collaboration avec ses membres et ses nouveaux partenaires (des ONG en Amérique latine, Afrique et Asie) a organisé une série de webinaires afin de discuter de l’état actuel des marchés du carbone à travers le monde et de leurs conséquences particulières sur les différentes régions. Ces événements en ligne ont été conçus pour remplacer les ateliers prévus en présentiel, annulés en raison des restrictions sanitaires actuelles.

Les réunions se sont tenues au cours du mois d’août et ont permis aux participants d’apprendre et de partager leurs connaissances et expériences des mécanismes de marché existants et à venir dans différentes régions du monde.

Les webinaires ont permis de mettre notre public au courant de tous les développements qui ont eu lieu depuis la dernière réunion de la COP 25 de la CCNUCC à Madrid. Pour la deuxième année de suite, il n’y a pas eu d’accord sur l’architecture des nouveaux marchés du carbone issus de l’Accord de Paris, qui devraient remplacer les anciens mécanismes de marché du Protocole de Kyoto. Les marchés du carbone, repris dans l’Article 6 de l’Accord de Paris, sont un sujet délicat, très compliqué à régler pour les négociateurs.

Les webinaires visaient à informer la société civile et le public universitaire. CMW en a profité pour montrer sa nouvelle animation vidéo qui décrit les possibilités d’engagement pour le grand public. Ces événements ont également permis aux participants de se faire une idée de la situation grâce à un forum de commentaires et de questions en direct ; ce fut un moyen efficace d’apprendre ce qu’il restait à faire pour renforcer les capacités de la société civile sur ces sujets complexes.

Ci-dessous, nos partenaires régionaux partagent un petit témoignage des webinaires et quelques conclusions issues de ces événements de l’été.


Anysee Kenfack (membres de CMW) _ Africa

C’est un réel plaisir pour nous d’avoir accueilli à bras ouvert le webinaire, organisé par Carbon Market Watch en partenariat avec ACDESPE, dont l’objectif était de renforcer les capacités des organisations de la société civile africaine sur le rôle des marchés internationaux du carbone en Afrique. Il s’agissait d’outiller les différents participants sur la notion des marchés carbone, afin de permettre qu’elles soient toutes au même niveau d’information pour mieux agir.

Les panelistes ont articulés leurs présentations autour de deux sous-thèmes principaux à savoir : les Marchés Internationaux du Carbone présenté par Gilles Dufrasne et le rôle des Marchés Internationaux du Carbone : Mieux comprendre pour agir, présenté par Joseph KOGBE ; Ils ont présentés respectivement les marchés carbones de manière générale , définition des concepts, principes de fonctionnement , processus, etc. et quelques exemples de projets mis en œuvre en Afrique dans le cadre des marchés carbones, acteurs et règles, exemples de projets en Uganda et au Benin.

La société civile africaine est très peu informée sur les marchés carbones qu’elle considère encre comme une notion un peu abstraite pour l’Afrique. Des initiatives comme celle-ci sont très capitales et permettent non seulement qu’elles se rende compte de l’opportunité qui est la leur, de renforcer la dynamique autour des marchés carbone, mais aussi de former la société civile et les mouvements de leaders afin qu’ils soient aptes à agir.

De manière générale, le webinaire a permis aux participants de mieux comprendre la notion des marchés carbone, et de mieux s’outiller pour agir. Au terme du Webinaire, les participants se sont réjoui de l’initiative en sollicitant de telle initiatives soient multipliés.

Dans l’optique de la continuité, nous pensons qu’il est important d’élaborer un guide de l’observateur et de le vulgariser, afin que les organisations qui souhaitent se lancer dans l’observation aient un manuel guide. Nous devons également travailler à obtenir un statut d’observateurs accrédité auprès de l’OACI, pour l’observation du mécanisme CORSIA.


Florencia Ortúzar/ Astrid Milena Bernal _ Amérique latine

Atelier sur les marchés du carbone en Amérique latine – CMW en partenariat avec Barranquilla + 20 et AIDA

  

Le 4 août 2020, l’atelier « les marchés du carbone en Amérique latine » a été organisé afin de former la société civile à surveiller ces marchés et à s’impliquer dans le développement de projets qui émettent ou émettront des obligations ou des compensations carbone.

L’événement, organisé par Carbon Market Watch (CMW) et ses partenaires régionaux, l’Association interaméricaine pour la défense de l’environnement (AIDA) et la Fondation  Barranquilla + 20, en Colombie, a rassemblé plus de 80 organisations, notamment des représentants des peuples indigènes, des communautés locales, des universitaires et des organisations de la société civile chiliennes, colombiennes, argentines, péruviennes, mexicaines et équatoriennes.

CMW a pris la parole en premier pour présenter un aperçu des marchés internationaux du carbone, préparant le terrain pour la discussion. Ensuite, les discussions se sont concentrées sur l’Amérique latine, une région qui attire de plus en plus le développement de ces types de projets ; l’Amérique latine accueille aujourd’hui le plus grand nombre de projets sur le marché volontaire. En gardant ceci à l’esprit, un aperçu du fonctionnement des projets lié au marché du carbone dans la région a été proposé, identifiant les différents cas dans lesquels des organisations de la société civile pourraient intervenir pour exiger le respect de garanties sociales et environnementales, ainsi que le respect des droits des communautés locales. Un regard critique a été appliqué à toutes les discussions, en raison des impacts que ces types de projets ont historiquement eus sur les communautés locales et du questionnement de leur réelle efficacité au niveau de la lutte contre les changements climatiques.

Les principaux secteurs qui sont concernés par des projets liés aux marchés du carbone en Amérique latine sont l’agriculture, la foresterie et les autres utilisations des terres (AFOLU), ainsi que le secteur de l’énergie. Quatre études de cas les concernant ont été présentées : le projet REDD+ de la forêt de Surui au Brésil, le projet REDD+ Mutatá en Colombie, le projet du parc éolien Jepirachi au Brésil et le projet de parc éolien Cururos au Chili. Grâce à ces exemples, il a été possible d’illustrer l’importance du suivi de certains aspects de ces projets, comme la mise en œuvre d’un processus adéquat de participation qui permette une implication réelle des communautés locales au moment de la conception et de l’exécution, ou encore l’importance de garantir l’ « additionnalité » de ces projets, c’est-à-dire de s’assurer qu’ils contribuent réellement à une atténuation des changements climatiques. Par ailleurs, nous avons tout de même souligné la possibilité d’obtenir de bons résultats lorsque les projets étaient mis en œuvre avec la participation des communautés, en tenant compte de leurs besoins, en garantissant leurs droits et en encourageant la protection de l’environnement.

Les guides conçus par CMW et l’enregistrement du webinaire en espagnol sont accessibles via les liens suivants : webinar , documents en espagnol et en anglais.

Participants et organisateurs :

[email protected], [email protected],  , [email protected], [email protected]


Falguni Joshi et Mahesh Pandya (membres de CMW) _ Inde

Webinaire sur le « Rôle des marchés internationaux du carbone en Inde »

Les marchés du carbone peuvent prendre différentes formes, mais un certain type de marché devient de plus en plus populaire – il s’agit du système de “baseline and credit” (niveau de référence et crédit), utilisé par les pays et les entreprises pour acheter des compensations carbone, afin d’avoir droit à des réductions d’émissions, même lorsqu’aucune de leurs actions n’a effectivement créé de réductions d’émissions. Une multitude de projets de réductions d’émissions ont été mis en œuvre à travers le monde afin de générer de telles compensations carbone et des règles ont été adoptées par la CCNUCC via le Protocole de Kyoto, mais elles sont en passe d’être remplacées par des règles actuellement négociées dans le cadre de l’Accord de Paris. 2021 marque le début d’une nouvelle ère pour les marchés du carbone, puisque de nouvelles règles internationales vont régir leur utilisation.

Le 5 août 2020, ParyavaranMitra, en collaboration avec Carbon Market Watch, a organisé un webinaire sur le Rôle des marchés internationaux du carbone en Inde. Des membres d’organisations de la société civile, des institutions universitaires et politiques, des chercheurs et d’autres acteurs concernés ont participé au webinaire. Le chargé des politiques de Carbon Market Watch, Gilles Dufrasne, a commencé par partager des informations sur la dynamique internationale des marchés du carbone. Ces explications ont été suivies d’une courte vidéo expliquant les différentes étapes que les projets liés au marché du carbone sont tenus de suivre avant et pendant leur mise en œuvre. Les participants ont ensuite pu poser des questions pour clarifier certains points concernant le rôle des marchés du carbone et leur contribution potentielle au développement durable. Les représentants de ParyavaranMitra, Mahesh Pandya et Falguni Joshi, ont ensuite discuté du « Rôle des marchés internationaux en Inde », se concentrant sur les études de cas.  Andrew Coiley, de Carbon Market Watch, animait cette session ouverte; des discussions intéressantes ont eu lieu, à partir de questions des participants.

De précédentes expériences de projets liés aux marchés du carbone, via différents mécanismes, nous ont permis d’en apprendre plus et de rester vigilants face au risque que ces projets nuisent aux communautés locales et à l’environnement. Les organisations de la société civile doivent soutenir la population locale à ce niveau.

Toutefois, les négociations visant à déterminer des règles régissant les marchés du carbone ont jusqu’à présent échoué. L’incertitude prévaut quant à savoir si les pays pourront s’accorder sur de telles règles d’ici la prochaine conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26), qui est prévue pour novembre 2021.

En l’absence de règles, les échanges internationaux continueront et la surveillance de la part de la société civile sera cruciale. Jusqu’à présent, les marchés n’ont pas réussi à réellement réduire les émissions et les mécanismes de compensation existants sont truffés de failles.  .

Les marchés du carbone ne sont actuellement pas fiables. Il est nécessaire de stimuler la participation du public via un mécanisme efficace de traitements des réclamations et la mise en place de meilleures règles. C’est une condition préalable au fonctionnement de ces systèmes.