Les ONG environnementales et les scientifiques défient l’Agence suédoise de l’Énergie – « Arrêtez de soutenir de fausses solutions aux changements climatiques en Ouganda »

L’Agence suédoise de l’Energie (SEA) a subi des critiques pour avoir acheté des crédits-carbone d’un projet de plantation forestière à Kachung, en Ouganda. La SEA a signé une convention d’achat de 20 ans (2012-2032) avec la compagnie norvégienne Green Resources, mais a ensuite suspendu ses paiements suite à des problèmes avec le projet. En mars 2016, la SEA a annoncé qu’elle ne se retirerait pas de l’accord, comme demandé par de nombreuses ONG et scientifiques, prétextant qu’il est préférable de rester impliquée dans le projet si l’on veut améliorer la situation des populations touchées. 

Le Projet ‘Kachung Forest’ (CDM project #4653) comporte de nombreuses faiblesses – sociales, écologiques et économiques – et a besoin d’être repensé dans presque tous ses aspects.

Effets nocifs

Pourtant bien intentionné et pensé pour « boiser des terres dégradées », le projet a eu des impacts négatifs sur l’environnement : il a détruit des pâturages et la savane et a dégradé des terres arables suite à l’introduction d’eucalyptus et de plantations de pins non indigènes, qui ne poussent pas naturellement en Ouganda. En plus d’être invasifs, ces arbres consomment des quantités excessives d’eau et altèrent la chimie du sol et la micro-faune.

Par ailleurs, le projet a été néfaste pour la population locale et a mené à des expulsions ou des pertes de revenus ; certains habitants ont été arrêtés, emprisonnés ou ont vu leur bétail confisqué. Cela les a rendus particulièrement vulnérables au manque d’eau et de nourriture. En 2008, les villageois de Kachung ont réagi en poursuivant en justice Green Resources et l’Office national des Forêts ougandais.

Des doutes sur les réductions d’émissions

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Il existe des incertitudes quant à la capacité des plantations forestières à capturer le carbone. Des études ont montré une tendance à la baisse générale des réservoirs de carbone dans les plantations forestières en comparaison avec les forêts naturelles. Les plantations forestières à Kachung seront davantage susceptibles d’être une source nette d’émissions de gaz à effet de serre durant toute la période de destruction de l’habitat, de production du bois, du transport et traitement ; et enfin via la consommation et/ou l’élimination comme déchets ou via l’incinération.

Tandis que Green Resources profitera des crédits-carbone, peu de bénéfices reviendront à l’Ouganda. Ce pays ne peut utiliser le projet pour compenser ses propres émissions, puisque les crédits sont vendus à des pays riches comme la Suède. En achetant les crédits-carbone de Green Resources, la SEA soutient indéniablement un système qui exploite les nations africaines et leurs ressources pour le bénéfice des pays du Nord représentés par des sociétés multinationales polluantes. Cette situation crée sans aucun doute de nouveaux problèmes socio-économiques en Ouganda.

Impuissance face à la situation

 

Des ONG et chercheurs issus de différents pays et des médias suédois ont sévèrement critiqué ce projet néfaste et exhorté la SEA à se retirer de l’accord avec Green Resources. En mars 2016, la SEA répondait qu’elle maintiendrait son implication dans le projet afin d’améliorer la situation des populations touchées. Green Resources s’est aussi engagée à une hausse des bénéfices locaux du projet, mais n’a pas fourni de réponse satisfaisante quant aux critiqukachung2es de son projet en Afrique. La compagnie ne manifeste, à l’évidence, pas de réelle intention d’atténuer les changements climatiques, ni de préserver la biodiversité, ni non plus d’améliorer les conditions sociales et économiques des populations vivant à Kachung.

Les prairies et la savane détruites par les plantations forestières à Kachung doivent être restaurées via l’utilisation de plantes indigènes et localement adaptées, arbres inclus, et les villageois doivent pouvoir cultiver leurs terres et faire paître leur bétail en utilisant des techniques agricoles agro-écologiques. Des arbres fruitiers pourraient être plantés dans les villages afin de fournir des réserves de nourriture. La mise en place de telles conditions aiderait d’une part à garantir le bien-être et la subsistance à long terme des populations locales et, d’autre part, à rétablir l’intégrité de l’environnement.

Étant donné les nombreuses lacunes du projet de compensation-carbone, qui a été mal conçu et exécuté de façon médiocre à Kachung, nous, les ONG concernées, exhortons à nouveau la SEA à annuler son accord d’achat de crédits-carbone avec Green Resources. Cet accord a également créé un triste précédent qui pourrait encourager davantage d’accaparement des terres au profit de plantations forestières dans la région.

Amanda Tas, Protect the Forest, Suède

Kristen Lyons,  Professeure agrégée – Sociologie du Développement, Université de Queensland
Chercheuse associée, Oakland Institute.

Frank Muramuzi, Directeur général, Association nationale des Professionnels de l’Environnement (National Association of Professional Environmentalists – NAPE), Ouganda.

Simone Lovera, Directrice générale, Coalition mondiale des Forêts (Global Forest Coalition).

Wally Menne, Timberwatch Coalition, Afrique du Sud.

Dr Adrian Nel, Chargé de cours, Ecole de l’Agriculture, de la Terre et des Sciences de l’Environnement (School of Agriculture, Earth and Environmental Science), Université de Kwazulu-Natal, Afrique du Sud.

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