Watch This! Barro Blanco : la construction s’achève sans accord avec les communautés affectées

En février 2015, le gouvernement panaméen suspendait la construction du barrage hydroélectrique de Barro Blanco, après avoir reconnu l’inexistence d’un accord avec les parties prenantes concernées. Un an plus tard, la suspension est levée et la construction est presque terminée. Toutefois, aucun dialogue ni accord avec les communautés locales affectées n’est en vue.

the-price-of-modernization-in-panama-damned-forever-1405537827Il y a un an, en février 2015, l’Autorité de l’environnement du Panama, l’ANAM, décidait de suspendre temporairement la construction du barrage hydroélectrique de Barro Blanco, terminé à 95%. Ce projet est enregistré sous le Mécanisme de Développement Propre (MDP) de l’ONU. La suspension, dans l’attente des résultats d’une enquête par l’ANAM, était justifiée par le manque d’accord avec les communautés locales affectées, faisant partie de l’ethnie des Ngöbe Bugle.

Pour remédier à ce manquement, une table ronde a été mise en place entre l’État panaméen et les communautés affectées, pour discuter de la compatibilité du barrage avec les lois nationales et les droits de l’homme. Même si la compagnie en charge du projet a reconnu l’existence de « faiblesses administratives récurrentes et de gestion inappropriée », le gouvernement, sous la pression des bailleurs internationaux, en est finalement arrivé à la conclusion que « la poursuite du projet était une question d’intérêt national », alors que les communautés souhaitaient l’annulation du projet.

En conséquence, les parties prenantes concernées sont sorties des discussions en mai 2015 et ont repris leurs manifestations pacifiques. Pour faire face à la tension croissante, le gouvernement, dans un accord passé en août 2015 avec la plus haute autorité des Ngöbe mais dénoncé par les communautés affectées, s’est engagé à « ne pas redémarrer le barrage avant qu’un accord soit conclu avec les parties prenantes concernées ».

Peu de temps après, en septembre 2015, l’administration panaméenne a terminé son enquête et a officiellement désigné le gestionnaire de projet comme coupable de ne pas avoir conclu un accord avec les parties prenantes concernées. En conséquence, la compagnie en charge a été condamnée à payer une amende de 775.000$. Paradoxalement, l’achèvement de l’enquête a aussi coïncidé avec la levée de la suspension et la reprise des travaux de construction.Barro-Blanco

La date présumée de fin du projet est avril 2016. D’après nos partenaires locaux, des essais d’inondations ont déjà commencé. Pourtant, il est inquiétant d’observer qu’un processus de discussion avec les communautés affectées est toujours absent. Alors que la construction du barrage est sur le point de se terminer, le risque d’éviction forcée des communautés locales augmente.

Le Panama a récemment réaffirmé ses obligations de respect et protection des droits de l’homme dans l’Accord de Paris sur le climat et l’Engagement de Genève pour les droits de l’homme dans l’action climatique. Nous appelons le gouvernement panaméen à respecter ses engagements à la fois nationaux et internationaux et à conclure un accord avec les parties prenantes locales concernées, qui demandent l’annulation du projet. Puisque les autorités nationales ont officiellement reconnu les faiblesses de la consultation des parties prenantes concernées, ce qui démontre le caractère non durable du projet, nous exhortons aussi le gouvernement de Panama à retirer son agrément quant à l’enregistrement de Barro Blanco dans le MDP.

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Par Pierre-Jean Brasier, Coordinateur du Réseau 


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